Réponses aux demandes d'information

​​​Les réponses aux demandes d’information (RDI) sont des rapports de recherches sur les conditions dans les pays. Ils font suite à des demandes des décideurs de la CISR.

La base de données contient les RDI en français et anglais archivées depuis sept ans. Les RDI antérieures sont accessibles sur le site Web European Country of Origin Information Network.

Les RDI publiées par la CISR sur son site Web peuvent contenir des documents annexés inaccessibles en raison de problèmes techniques et peuvent inclure des traductions de documents initialement rédigées dans d'autres langues que l'anglais ou le français. Pour obtenir une copie d'un document annexé et/ou une version traduite des documents annexés de RDI, veuillez en faire la demande par courriel.

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Les réponses aux demandes d'information (RDI) citent des renseignements qui sont accessibles au public au moment de leur publication et dans les délais fixés pour leur préparation. Une liste de références et d'autres sources consultées figure dans chaque RDI. Les sources citées sont considérées comme les renseignements les plus récents accessibles à la date de publication de la RDI.    

Les RDI n'apportent pas, ni ne prétendent apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile donnée. Elles visent plutôt à appuyer le processus d'octroi de l'asile. Pour obtenir plus de renseignements sur la méthodologie utilisée par la Direction des recherches, cliquez ici.   

C'est aux commissaires indépendants de la CISR (les décideurs) qu'il incombe d'évaluer les renseignements contenus dans les RDI et de décider du poids qui doit leur être accordé après avoir examiné les éléments de preuve et les arguments présentés par les parties.    

Les renseignements présentés dans les RDI reflètent uniquement les points de vue et les perspectives des sources citées et ne reflètent pas nécessairement la position de la CISR ou du gouvernement du Canada.    

24 juin 2021

HTI200653.EF

Haïti : information sur la violence sexuelle et fondée sur le genre, y compris par des groupes criminels, et les effets de la pandémie de COVID-19 sur ces formes de violence; la protection offerte par l’État (2019-juin 2021)

Direction des recherches, Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada

1. Aperçu

D’après un rapport des Nations Unies paru en février 2021 sur l’exécution du mandat du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), de septembre à novembre 2021, le système national de santé d’Haïti a enregistré 424 cas de violences fondées sur le genre, touchant 182 femmes, 53 hommes, 146 filles et 43 garçons, un bilan [version française des Nations Unies] « qui reste inférieur à la réalité » (Nations Unies 11 févr. 2021, paragr. 19). La même source signale qu’il s’agissait d’une baisse de 7,3 p. 100 par rapport au trimestre précédent; toutefois, il y a eu une augmentation de 12 p. 100 du nombre de viols signalés à la police au cours de la même période (Nations Unies 11 févr. 2021, paragr. 19). Dans un article publié en mars 2021, ActionAid, une ONG internationale qui a pour but [traduction] « de parvenir à la justice sociale et à l’égalité des sexes, et d’éradiquer la pauvreté » (ActionAid s.d.), souligne que [traduction] « [l]es femmes et les filles en Haïti font face à une vague grandissante de violences fondées sur le genre déclenchée par la crise politique actuelle, la détérioration de la situation sécuritaire, l’accroissement de la pauvreté et les restrictions liées à la COVID-19 » (ActionAid 5 mars 2021).

Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, la directrice juridique de la Haitian Bridge Alliance (HBA) [1] a souligné que la pandémie de COVID-19 et la violence et l’instabilité politiques récentes ont contraint les femmes et les filles à s’isoler à la maison et que cet isolement [traduction] « a pour effet de rendre les femmes et les filles plus vulnérables à la violence entre partenaires intimes, à la maltraitance des enfants, aux agressions sexuelles par des membres de leur famille et des voisins, à la violence et à l’exploitation sexuelles en échange de nourriture ou d’argent, ainsi qu’aux actes de violence commis par des gangs, tels que les enlèvements et les agressions sexuelles » (directrice juridique 11 juin 2021).

Pour obtenir des renseignements additionnels au sujet de la violence contre les femmes, y compris la violence sexuelle, veuillez consulter la réponse à la demande d’information HTI106291 publiée en juin 2019. Pour obtenir des renseignements additionnels sur la situation et le traitement des survivants de violence sexuelle et de violence familiale, veuillez consulter la réponse à la demande d’information HTI200228 publiée en août 2020.

2. Groupes criminels et violence sexuelle et fondée sur le genre

Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, un représentant de l’Office de la protection du citoyen (OPC) [2] d’Haïti a déclaré que la violence perpétrée par des groupes criminels et des gangs contre les femmes est « très répandue » (Haïti 16 juin 2021). D’après la même source, certaines régions comme [les quartiers de Port-au-Prince] Cité Soleil, La Saline, Bel-Air, Carrefour-Feuilles, Martissant et Solino ainsi que [la commune voisine de] Croix-des-Bouquets « sont beaucoup plus ciblées » que les autres (Haïti 16 juin 2021). Le représentant de l’OPC a souligné que la violence sexuelle est « très répandue particulièrement » à Jérémie, et que 347 cas « à date sont recensés » (Haïti 16 juin 2021). Selon la même source, « beaucoup » de femmes victimes de violence sexuelle dans des quartiers « défavorisés » ne portent pas plainte « parce qu’elles sont constamment sous la menace des agresseurs » (Haïti 16 juin 2021).

Dans un rapport sur la situation des droits de la personne en Haïti en 2020, Défenseurs plus, une ONG haïtienne qui milite pour les droits de la personne (Défenseurs plus s.d.), signale que les femmes ont été « grandement » touchées par la situation « insécuritaire » du pays et que « [b]eaucoup » de femmes ont été kidnappées, violées et assassinées (Défenseurs plus 21 janv. 2021, 24). La même source souligne que des femmes de toutes les couches sociales ont été touchées (Défenseurs plus 21 janv. 2021, 24). Des sources signalent que les femmes [et les filles (Haïti 16 juin 2021)] sont prises pour cible par les gangs et groupes criminels en Haïti (directrice juridique 11 juin 2021; Haïti 16 juin 2021). La directrice juridique a souligné que cela se produit à la fois à Port-au-Prince et dans les régions rurales (directrice juridique 11 juin 2021). D’après le représentant de l’OPC, « [d]ans certains quartiers défavorisés, ces gangs ont beaucoup d’influence, donc plus de possibilité de rentrer dans des maisons pour violer les femmes et les filles » (Haïti 16 juin 2021). Le représentant de l’OPC a déclaré que des femmes ont été enlevées, violées, puis amenées et séquestrées à Village-de-Dieu, Grand-Ravine (Martissant) et dans la commune de Croix-des-Bouquets (Haïti 16 juin 2021). La même source a ajouté que celles qui ont porté plainte à l’OPC ont déclaré avoir subi « toutes sortes de menaces lors de leur libération » (Haïti 16 juin 2021).

D’après un article de l’UNICEF paru en avril 2021, de septembre 2020 à février 2021, le nombre de femmes et d’enfants victimes d’agressions armées - y compris des meurtres, des blessures, des viols et des enlèvements - [traduction] « qui seraient attribuables aux gangs criminels » a augmenté de 62 p. 100 en comparaison avec le rapport précédent; 73 incidents ont été recensés (Nations Unies 15 avr. 2021). La même source cite les propos de la directrice régionale de l’UNICEF pour l’Amérique latine et les Caraïbes suivant lesquels [traduction] « "[l]es enfants et les femmes en Haïti ne sont plus seulement les victimes des gangs criminels; ils en sont de plus en plus la cible" » (Nations Unies 15 avr. 2021).

Dans un rapport sur la violence des gangs et les déplacements à Port-au-Prince, publié en juin 2021 par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies, on peut lire que [version française des Nations Unies] « [d]es violences basées sur le genre sont signalées parmi la population déplacée, avec des abus sexuels, y compris des viols, parmi les personnes déplacées, dans les familles d’accueil et comme offre de "sexe contre abri" » (Nations Unies 14 juin 2021, 1). La même source signale que de [version française des Nations Unies] « nombreux » rapports font état de violences et d’abus sexuels, notamment sur des mineurs et des jeunes filles, pendant « [l]es affrontements meurtriers entre gangs rivaux » à Port-au-Prince, affrontements qui « se sont multipliés » au cours des semaines précédant le 14 juin 2021, avec « une recrudescence significative » depuis le 1er juin 2021 (Nations Unies 14 juin 2021, 2, 3). La même source souligne que les services liés à la violence basée sur le genre sont [version française des Nations Unies] « limités », car « plusieurs » centres de santé sont fermés ou fonctionnent avec des capacités limitées dans les zones touchées par la violence (Nations Unies 14 juin 2021, 3).

Pour obtenir des renseignements additionnels sur la situation sécuritaire et les groupes criminels, y compris le Groupe des 9, les enlèvements et la protection offerte par l’État, veuillez consulter la réponse à la demande d’information HTI200655 publiée en juin 2021.

3. COVID-19 et violence sexuelle et fondée sur le genre

Pour obtenir des renseignements additionnels au sujet des répercussions de la pandémie de COVID-19 en Haïti, veuillez consulter la réponse à la demande d’information HTI200656 publiée en juin 2021.

Le représentant de l’OPC a déclaré que la COVID-19 a eu un impact « considérable » sur la violence fondée sur le genre en Haïti (Haïti 16 juin 2021). La même source a dit que l’OPC a remarqué « une recrudescence » des cas de violences et que ce sont les femmes et les enfants qui « en sont victimes généralement » (Haïti 16 juin 2021).

D’après un rapport sur l’impact de la pandémie de COVID-19 en Haïti, publié en décembre 2020 par l’Institut interuniversitaire de recherche et de développement (INURED) [3] et basé sur une étude [4] réalisée du 1er juin 2020 au 14 août 2020, parmi les 507 personnes sondées, 43 p. 100 ont signalé que la violence fondée sur le genre avait augmenté durant la pandémie et 24 p. 100 ont affirmé que le niveau de cette violence était [version française d’INURED] « le même » qu’avant (INURED déc. 2020, 8, 30). Dans un rapport sur la situation humanitaire en Haïti, publié par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires en mars 2021, on peut lire que les institutions sanitaires ont rapporté 1 778 cas de violence fondée sur le genre entre janvier et septembre 2020, comparativement à 247 de janvier à décembre 2019 (Nations Unies mars 2021, 12). Selon le représentant de l’OPC, l’Office a remarqué une augmentation du nombre de plaintes liées à la violence fondée sur le genre et, de mars 2020 à juin 2021, il a reçu 400 plaintes de violence sexuelle, familiale et fondée sur le genre (Haïti 16 juin 2021).

Les renseignements contenus dans les paragraphes qui suivent sont tirés d’un rapport sur la pandémie de COVID-19 et le genre en Haïti, publié en septembre 2020 par CARE International et l’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU Femmes) [5].

Dans le cadre d’entretiens, des organisations communautaires, notamment celles qui offrent des services de soutien aux femmes et filles violentées, ont fait état d’une augmentation de la violence à l’égard de ces dernières durant la période de la crise sanitaire; « plusieurs » organisations ont souligné « la tendance à recevoir plus de cas » de violence conjugale et de viol « dans plusieurs régions du pays ». Une organisation de femmes dans le Nord a signalé que le nombre de cas qu’elle a enregistré par mois durant la période de la COVID-19 est passé de 15 à 25. Une autre organisation dans le même département a souligné que le nombre de femmes et filles « victimes de violences » qui faisaient appel à ses services était passé, « en moyenne », de 25 à 35 par mois. Dans le Sud-Est, une autre organisation a souligné qu’elle recevait, avant la pandémie, « 30 victimes de [violence fondée sur le genre] en moyenne par mois » et que ce chiffre avait augmenté de 5 p. 100 « environ » durant la pandémie.

Une commissaire principale de la Police nationale d’Haïti (PNH), qui remplit la fonction de coordonnatrice nationale des affaires féminines et des questions de genre, a signalé que la période de confinement avait provoqué une augmentation des cas de violences fondées sur le genre et que, durant la période allant de janvier à juillet 2020, 726 cas de violences fondées sur le genre avaient été recensés par la PNH, y compris des cas de viol commis contre des mineures et de violence conjugale. La commissaire principale a ajouté que la pandémie de COVID-19 avait mené à une augmentation de la violence familiale « de manière générale », particulièrement « dans les quartiers marginalisés », et que cette violence se manifestait « notamment » à l’égard des femmes et des enfants, y compris garçons et filles.

D’après les données recueillies par la Direction départementale de l’Ouest (DDO) du ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes (MCFDF), il y a eu « une augmentation » du nombre de plaintes reçues de femmes et filles violentées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Entre juin et décembre 2019, la DDO avait reçu 3 plaintes, alors qu’elle en a reçu 17 de janvier à juin 2020.

« La plupart » des leaders communautaires et institutionnels ont signalé que cette augmentation de la violence découlait du confinement « qui impose aux femmes plus de proximité avec leur bourreau déjà violent », l’irritation provoquée par la situation du confinement ou « le stress engendré par la détérioration de la situation socioéconomique de la population haïtienne et le chômage ». Selon un leader de l’une des organisations de femmes, « les enfants aussi subissent ces situations de violence vu leur vulnérabilité ».

De plus, « [l’]augmentation des cas de violences à l’égard des femmes et filles handicapées a été soulignée […] par les personnes handicapées interviewées dans le cadre des entretiens communautaires » (CARE International et Nations Unies 25 sept. 2020, 36–37). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens ni aucun renseignement additionnel.

4. Protection offerte par l’État

Le représentant de l’OPC a signalé que les victimes de la violence fondée sur le genre peuvent porter plainte aux autorités judiciaires (Haïti 16 juin 2021). La même source a affirmé que la COVID-19 avait eu des conséquences sur la capacité des victimes de la violence fondée sur le genre à s’adresser aux autorités pour obtenir une protection parce que « [c]ertains tribunaux étaient dysfonctionnels partiellement » à cause notamment des employés qui ont été infectés (Haïti 16 juin 2021). La même source a déclaré que les commissaires, les juges, les greffiers, les huissiers et le personnel de soutien des tribunaux et parquets travaillaient par rotation afin d’éviter la propagation de la maladie (Haïti 16 juin 2021). Dans un autre article publié par ActionAid en mars 2021, on peut lire que, au dire de la directrice de programme d’ActionAid Haiti, [traduction] « "[l’]effondrement du système judiciaire signifie que les victimes [de la violence fondée sur le genre] ne sont pas en mesure d’accéder à la justice" » (ActionAid 2 mars 2021).

Le représentant de l’OPC a fait observer que les victimes de violence et leurs proches avaient peur de se présenter dans des endroits où ils avaient entendu dire qu’il y avait des cas de COVID-19 (Haïti 16 juin 2021). D’après la même source, des mesures avaient été mises en place, comme le lavage des mains, le port de masque et la distanciation physique, dans tous les locaux « pour la protection des victimes » (Haïti 16 juin 2021).

Selon la directrice juridique, [traduction] « [m]ême avant la pandémie de COVID-19 et la violence et l’instabilité politiques récentes, il était très difficile pour les victimes [de la violence fondée sur le genre] d’obtenir de la protection et d’accéder à la justice par l’intermédiaire des agents d’application de la loi » (directrice juridique 11 juin 2021). La même source a souligné que, depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010, les agents de la PNH reçoivent une formation accrue et un plus grand nombre de femmes sont embauchées comme policières; les victimes de la violence fondée sur le genre [traduction] « signalent que les policiers ont commencé à recueillir les plaintes au pénal » (directrice juridique 11 juin 2021). Toutefois, la directrice juridique a fait observer que les progrès accomplis au chapitre des policiers qui recueillent ces plaintes [traduction] « sont recensés principalement près de la capitale; en effet, il semble que les victimes peuvent essuyer un refus dans les postes de police du reste du pays » (directrice juridique 11 juin 2021). D’après la directrice juridique,

[traduction]

bien que le fait que les agents de la PNH commencent à recueillir les plaintes constitue une avancée positive, il est rare que les procureurs engagent des poursuites pénales et, même s’ils le font, les causes ne se rendent presque jamais à l’étape du jugement, si bien que, dans les faits, les victimes de la violence fondée sur le genre ne disposent d’aucune protection ou d’aucun accès à la justice (directrice juridique 11 juin 2021).

La directrice juridique a aussi fait observer que,

[traduction]

[a]ctuellement, à cause de la dégradation additionnelle causée par la violence et l’instabilité politiques, et des grèves récentes au sein de l’appareil judiciaire, les policiers, les procureurs et les tribunaux sont encore [moins] enclins à répondre aux plaintes [de violence fondée sur le genre] et [disposent de moins] de ressources pour le faire, ce qui fait en sorte que les victimes se retrouvent avec encore moins de protection ou d’accès à la justice (directrice juridique 11 juin 2021).

Selon la directrice juridique, vu le manque de services de soutien pour les victimes et [traduction] « les niveaux élevés de représailles à l’encontre des gens qui dénoncent la violence », « les victimes sont peu enclines à signaler des incidents de violence ou à déposer des accusations contre l’agresseur » (directrice juridique 11 juin 2021).

Le rapport de CARE International et d’ONU Femmes signale que, pendant « la crise » de la COVID-19, parmi les femmes et filles identifiées dans l’enquête auprès des ménages comme « victimes de violences », « [e]nviron » 40 p. 100 ont affirmé qu’elles « se tourneraient vers la police », tandis que 35,8 p. 100 d’entre elles ont dit qu’elles « ne savent pas vers qui se tourner » (CARE International et Nations Unies 25 sept. 2020, 36). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens.

5. Services de soutien

D’après le représentant de l’OPC, des stratégies ont été mises au point par l’OPC pour aider les victimes à porter plainte par téléphone, et les plaignants ont accès à un accompagnement psychologique immédiat (Haïti 16 juin 2021). La même source ajoute qu’il y a « toujours » une personne disponible au bureau pour recevoir les plaintes (Haïti 16 juin 2021).

La directrice juridique a fait observer qu’il y a [traduction] « très peu de services à la disposition des victimes » de la violence fondée sur le genre et que « la pandémie de COVID-19 (en sus de la violence et de l’instabilité politiques) a eu un impact sur ce plan, car les quelques bureaux qui existent, la plupart dans la région de la capitale, ont été fermés pour quelques mois » (directrice juridique 11 juin 2021).

Le rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de mars 2021 souligne que le secteur de la protection contre la violence fondée sur le genre « reste parmi les moins financés » (Nations Unies mars 2021, 86). Selon la même source, les services de prévention et de réponse ont été « interrompus à plusieurs reprises » en raison des tensions politiques et de la COVID-19 (Nations Unies mars 2021, 86).

D’après le représentant de l’OPC, l’Office a élaboré, en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), un projet visant la sensibilisation aux droits des femmes dans le contexte de la crise de la COVID-19, la documentation des cas de violences fondées sur le genre et l’offre d’une assistance juridique aux victimes (Haïti 16 juin 2021). Le rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de mars 2021 souligne que, en raison de la pandémie de COVID-19, « certain(e)s survivant(e)s » de la violence fondée sur le genre n’ont pas utilisé les « rares » services disponibles en raison de la peur de contracter le coronavirus, la peur de dénoncer « leurs agresseurs », la peur de représailles, la honte ou l’indisponibilité des services dans les zones les plus reculées (Nations Unies mars 2021, 85).

Les renseignements contenus dans le paragraphe qui suit sont tirés du rapport de CARE International et d’ONU Femmes.

Parmi les organisations qui travaillent auprès des femmes violentées dans différentes régions du pays et qui ont été consultées dans le cadre de l’enquête, « la plupart » ont signalé « qu’elles n’ont pas pu offrir des services de qualité à ces dernières, notamment dans le contexte de l’état d’urgence sanitaire ». Selon « la plupart » des responsables de ces organisations, « la limitation dans les déplacements et les contacts physiques durant la période de la COVID-19 » constituait un obstacle additionnel à l’accès aux services pour ces femmes, en plus de l’insuffisance de leurs moyens financiers. D’après l’enquête auprès des ménages, « [s]eulement » 5,7 p. 100 des femmes se disaient « au courant de l’existence des structures d’accompagnement des femmes victimes de violences ». La dirigeante d’une organisation du Sud-Est a signalé que l’organisation a mis en place une ligne de service téléphonique fournissant un appui psychosocial à distance aux femmes et filles victimes de la violence fondée sur le genre (CARE International et Nations Unies 25 sept. 2020, 36–37).

Dans un article publié en décembre 2020 par Loop News, un site d’actualités couvrant les Caraïbes qui dispose d’une équipe de journalistes à Haïti (Loop News s.d.), on peut lire que la Fondation TOYA [6], en partenariat avec la Cellule d’intervention psychothérapeutique d’urgence d’Haïti (CIPUH) [7], a mis à la disposition de la population une ligne téléphonique en vue d’apporter un soutien psychologique aux femmes et aux filles victimes de la violence fondée sur le genre (Loop News 4 déc. 2020). La même source souligne l’accès limité à l’information et aux services de soutien pour les femmes qui subissent la violence fondée sur le genre (Loop News 4 déc. 2020). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens ni aucun renseignement additionnel.

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l’aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n’apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d’une demande d’asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d’information.

Notes

[1] La Haitian Bridge Alliance (HBA) est [traduction] « une coalition d’organisations sans but lucratif et de militants communautaires haïtiens qui se sont rassemblés pour desservir la communauté haïtienne en Californie et ailleurs » (HBA s.d.).

[2] L’Office de la protection du citoyen (OPC) est une institution nationale de promotion et de protection des droits de la personne en Haïti (Haïti s.d.). Il a pour mission « de veiller au respect de l’État de ses engagements en matière de droits humains, notamment ceux contractés au niveau national et international et de protéger tout individu contre toutes les formes d’abus de l’administration publique » (Haïti s.d.).

[3] L’Institut interuniversitaire de recherche et de développement (INURED) est un institut de recherche ayant pour but de [traduction] « contribuer au développement de la recherche de haut niveau et de la formation scientifique en Haïti » afin d’améliorer « les conditions socioéconomiques, politiques et en matière de scolarité du peuple haïtien » (INURED s.d.).

[4] L’étude de l’INURED combinait une enquête réalisée dans cinq régions d’Haïti et du [version française d’INURED] « travail ethnographique de terrain » comprenant des groupes de discussion, des entretiens avec des « membres sélectionnés des ménages » et une cartographie sociale (INURED déc. 2020, 8).

[5] Le rapport de CARE International et de l’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU Femmes) incluait une revue documentaire, une enquête auprès de 1 065 personnes de ménages à l’échelle du pays, ainsi que des interviews avec des « informateurs-clés » : des membres de la communauté, des travailleurs de la santé et des représentants d’institutions étatiques et d’organisations locales et internationales (CARE International et Nations Unies 25 sept. 2020, 14).

[6] La Fondation TOYA est une ONG haïtienne qui « contribu[e] au développement socio-économique et culturel d’Haïti par le renforcement et la promotion du leadership des filles et des femmes » (Fondation TOYA s.d.).

[7] La Cellule d’intervention psychothérapeutique d’urgence d’Haïti (CIPUH) est une structure de l’Association haïtienne de psychologie qui collabore avec différents partenaires de la société civile; à but non lucratif, l’organisation regroupe des professionnels en santé mentale (psychologues, psychiatres, psychothérapeutes et autres) pour offrir de l’appui psychosocial à des personnes à l’échelle nationale (AHPSY s.d.).

Références

ActionAid. 5 mars 2021. « Meet the Women on the Frontlines of the COVID-19 Crisis and Rising Gender-Based Violence in Haiti ». [Date de consultation : 7 juin 2021]

ActionAid. 2 mars 2021. « Women Protest Rising Violence and Political Corruption in Haiti ». [Date de consultation : 16 juin 2021]

ActionAid. S.d. « Who We Are ». [Date de consultation : 8 juin 2021]

Association haïtienne de psychologie (AHPSY). S.d. « Cellule d’intervention psychothérapeutique d’urgence d’Haïti (CIPUH) ». [Date de consultation : 17 juin 2021]

CARE International et Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU Femmes), Nations Unies. 25 septembre 2020. Analyse rapide genre – COVID-19. [Date de consultation : 13 mai 2021]

Défenseurs plus. 21 janvier 2021. Rapport sur la situation des droits humains en Haïti pour l’année 2020. [Date de consultation : 8 juin 2021]

Défenseurs plus. S.d. « Qui nous sommes ? ». [Date de consultation : 9 juin 2021]

Directrice juridique, Haitian Bridge Alliance (HBA). 11 juin 2021. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.

Fondation TOYA. S.d. « À propos ». [Date de consultation : 17 juin 2021]

Haïti. 16 juin 2021. Office de la protection du citoyen (OPC). Communication écrite envoyée à la Direction des recherches par un représentant.

Haïti. S.d. Office de la protection du citoyen (OPC). « Mission et mandat ». [Date de consultation : 17 juin 2021]

Haitian Bridge Alliance (HBA). S.d. Homepage. [Date de consultation : 17 juin 2021]

Institut interuniversitaire de recherche et de développement (INURED). Décembre 2020. The Impact of COVID-19 on Families in Urban and Rural Haiti. [Date de consultation : 7 juin 2021]

Institut interuniversitaire de recherche et de développement (INURED). S.d. « Mission ». [Date de consultation : 9 juin 2021]

Loop News. 4 décembre 2020. « Santé mentale : une ligne téléphonique pour les femmes victimes de violences en Haïti ». [Date de consultation : 17 juin 2021]

Loop News. S.d. « A propos de nous ». [Date de consultation : 17 juin 2021]

Nations Unies. 14 juin 2021. Bureau de la coordination des affaires humanitaires. « Haiti: Displacements Due to Gang Violence in Port-au-Prince ». [Date de consultation : 16 juin 2021]

Nations Unies. 15 avril 2021. Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). « Rising Gang Violence in Haiti Is Now Targeting Children, UNICEF Warns ». [Date de consultation : 7 juin 2021]

Nations Unies. Mars 2021. Bureau de la coordination des affaires humanitaires. Aperçu des besoins humanitaires Haïti : cycle de programme humanitaire 2021. [Date de consultation : 16 juin 2021]

Nations Unies. 11 février 2021. Conseil de sécurité. United Nations Integrated Office in Haiti: Report of the Secretary-General. (S/2021/133) [Date de consultation : 13 mai 2021]

Autres sources consultées

Sources orales : Asosyasyon Fanm Soley Dayiti; Association nationale de protection des femmes et enfants haïtiens; Bureau des droits humains en Haïti; Haitian Global Health Alliance; Institute for Justice and Democracy in Haiti; Institut interuniversitaire de recherche et de développement; Kay Fanm; Komisyon Fanm Viktim pou Viktim; Oxfam – Oxfam-Québec; Partners in Health; professeure en travail social dans une université canadienne dont les études portent sur les droits des femmes en Haïti; Solidarite Fanm Ayisyèn; University of California Hastings College of the Law – Center for Gender and Refugee Studies.

Sites Internet, y compris : AlterPresse; Amnesty International; Asosyasyon Fanm Soley Dayiti; Australie – Department of Foreign Affairs and Trade; Avocats sans frontières Canada; Banque interaméricaine de développement; Banque mondiale; BBC; Bureau des droits humains en Haïti; Centre d’étude et de coopération internationale; Collectif Haïti de France; Commonwealth Human Rights Initiative; Le Droit; ecoi.net; États-Unis – Department of State, United States Agency for International Development; Fédération internationale pour les droits humains; Le Figaro; France – Agence française de développement, Office français de protection des réfugiés et apatrides; Freedom House; Gender & COVID-19; Georgetown University – Georgetown Institute for Women, Peace and Security; The Guardian; Haïti – ministère de la Santé publique et de la Population; The Haitian Times; HaïtiLibre; Haïti Progrès; Human Rights Watch; Institute for Justice and Democracy in Haiti; Inter-American Dialogue; International Crisis Group; Justice et Paix Haïti; Kay Fanm; MADRE; Médecins sans frontières; The Miami Herald; Nations Unies – Fonds des Nations Unies pour la population, Gender Equality Observatory for Latin America and the Caribbean, Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, Organisation mondiale de la santé, Programme des Nations Unies pour le développement; The New Humanitarian; The New York Times; Organisation des États américains – Commission interaméricaine des droits de l’homme; Le Parisien; La Presse; Radio Métropole; Réseau national de défense des droits humains; Reuters; Solidarite Fanm Aysyèn; Spotlight Initiative; Tout Haiti; Union européenne – European Asylum Support Office; University of California Hastings College of Law – Center for Gender and Refugee Studies; U-Report Haiti; The Washington Post.



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