Réponses aux demandes d'information

​​​Les réponses aux demandes d’information (RDI) sont des rapports de recherches sur les conditions dans les pays. Ils font suite à des demandes des décideurs de la CISR.

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Les réponses aux demandes d'information (RDI) citent des renseignements qui sont accessibles au public au moment de leur publication et dans les délais fixés pour leur préparation. Une liste de références et d'autres sources consultées figure dans chaque RDI. Les sources citées sont considérées comme les renseignements les plus récents accessibles à la date de publication de la RDI.    

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C'est aux commissaires indépendants de la CISR (les décideurs) qu'il incombe d'évaluer les renseignements contenus dans les RDI et de décider du poids qui doit leur être accordé après avoir examiné les éléments de preuve et les arguments présentés par les parties.    

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3 février 2021

VEN200429.F

Venezuela : information sur le traitement réservé aux citoyens par les autorités, selon qu’ils participent ou non à des manifestations anti-gouvernementales, y compris si certains sont plus ciblés que d'autres et pour quelles raisons; information indiquant si l'accès aux programmes de sécurité sociale peut être affecté par les activités politiques (2017–janvier 2021)

Direction des recherches, Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada

1. Les manifestations anti-gouvernementales

Le rapport de la Mission internationale indépendante d'établissement des faits sur la République bolivarienne du Venezuela des Nations Unies [1] signale que si [traduction] « des manifestations ont eu lieu régulièrement dans le pays [de 2014 à 2020], elles ont atteint un sommet lors de certaines périodes, tout comme les mesures mises en place pour les contrer. Les périodes de février à avril 2014, d’avril à juillet 2017 et de janvier à février 2019 ont été particulièrement intenses » (Nations Unies 15 sept. 2020, paragr. 1504). Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, un chercheur du Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris (CRESPPA), dont la thèse doctorale porte sur le mouvement syndical au Venezuela, a expliqué que « la plupart [des manifestations] ne sont pas articulées nationalement » (chercheur 9 janv. 2021).

1.1 Manifestations de 2017

Des sources rapportent que des manifestations [contre le gouvernement de Nicolás Maduro (Time 24 janv. 2019; Salojärvi 5 déc. 2019, 4)] ont eu lieu entre avril et juillet 2017 (Amnesty International 22 févr. 2018, 471; Salojärvi 5 déc. 2019, 4). Selon le rapport de la Mission d'établissement des faits, [traduction] « des milliers de manifestations ont eu lieu au travers du pays » (Nations Unies 15 sept. 2020, paragr. 83). Des sources signalent que les protestataires contestaient deux décisions de la Cour suprême vénézuélienne qui enlevaient tout pouvoir à l'Assemblée nationale menée par l'opposition et qui limitaient l'immunité parlementaire (Nations Unies 15 sept. 2020, paragr. 81–82; HRW et Foro Penal 29 nov. 2017, 14–15). Selon un rapport conjoint de Human Rights Watch (HRW) et Foro Penal [2], les manifestants demandaient aussi aux autorités [traduction] « la tenue d'élections justes et libres, la libération de prisonniers politiques, le rétablissement d'une justice indépendante et une réponse à la crise humanitaire qui sévit au pays » (HRW et Foro Penal 29 nov. 2017, 15). De même, on peut lire dans un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) que les deux décisions de la Cour suprême ont déclenché des manifestations dans la capitale, qui se sont par la suite répandues dans l'ensemble du pays (Nations Unies août 2017, 4). L'Observatoire vénézuélien de la conflictualité sociale (Observatorio Venezolano de la Conflictividad Social – OVCS), une ONG de défense des droits de la personne (OVCS s.d.), signale que les manifestations ont eu lieu dans l'ensemble du pays, tant en milieu rural qu'urbain, et que des personnes de toutes les classes sociales y ont participé (OVCS 3 août 2017, 1, 3). Cependant, selon un journaliste indépendant qui a couvert le Venezuela de 2010 à 2019, consulté par le Bureau européen d'appui en matière d'asile (European Asylum Support Office — EASO) de l'Union européenne dans un rapport sur le Venezuela, les résidents de quartiers plus pauvres ont participé à des manifestations qui demandaient l'amélioration de la qualité de vie sans s'opposer au président Maduro, mais n'ont pas participé aux manifestations à caractère politique (UE août 2020, 29).

1.2 Manifestations en 2018

Selon l'OVCS, en 2018, des citoyens vénézuéliens ont participé à [traduction] « au moins » 12 715 manifestations (OVCS 18 janv. 2019). La même source rapporte que 89 p. 100 des manifestations concernaient la revendication de droits sociaux, économiques, culturels et environnementaux, comme la qualité des services publics, le respect des conventions collectives, la santé et l'accès à la nourriture et à l'éducation (OVCS 18 janv. 2019). Amnesty International rapporte de façon similaire qu’il y a eu [traduction] « plus de 12 000 » manifestations en 2018 pour réclamer des droits économiques et sociaux, motivées par une « grave détérioration » des conditions de vie (Amnesty International 14 mai 2019, 4).

1.3 Manifestations de 2019 et de 2020

Des sources signalent que des manifestations à l'appui de Juan Guaidó, [le président de l'Assemblée nationale du Venezuela], [ou contre le gouvernement de Nicolás Maduro (Pays-Bas juin 2020, 54)] ont eu lieu en 2019 (Euronews 24 déc. 2019; HRW 14 janv. 2020, 627; Freedom House 4 mars 2020), particulièrement en janvier et en mai (Freedom House 4 mars 2020). Selon le rapport annuel de 2019 sur la conflictualité sociale de l'OVCS, 16 739 manifestations ont eu lieu en 2019 (OVCS 24 janv. 2020, 2). Des sources signalent que le 23 janvier 2019, Juan Guaidó s'est déclaré président par intérim (UE août 2020, 29; The Guardian 23 janv. 2019; HRW 14 janv. 2020, 625) durant une manifestation (The Guardian 23 janv. 2019; HRW 14 janv. 2020, 625). Le journaliste indépendant interrogé par l'EASO dans le cadre de son rapport sur le Venezuela explique que si, en janvier 2019, des [traduction] « "centaines" » de résidents des quartiers pauvres participaient aux manifestations contre le gouvernement de Nicolás Maduro, l'alliance entre l'opposition politique et les demandes de la population n'a pas perduré (UE août 2020, 29). Des sources signalent une baisse de participation aux manifestations organisées par l'opposition dirigée par Juan Guaidó en 2020 (Reuters 11 janv. 2020; AP 12 mars 2020).

Un article publié en mai 2020 par le Financial Times rapporte que [traduction] « ces jours-ci », les manifestations ayant lieu au Venezuela se concentrent davantage sur des enjeux sociaux et les services de base, comme l'eau, l'électricité, le gaz et l'essence, plutôt que sur des questions politiques (Financial Times 27 mai 2020). Similairement, l'OVCS signale qu'entre janvier et juin 2020, 79 p. 100 des manifestations concernaient des droits sociaux, économiques, culturels et environnementaux tandis que, dans 21 p. 100 des cas, elles portaient sur les droits civiques et politiques (OVCS 17 juill. 2020, 4). Des sources signalent qu'à la fin de septembre 2020, des [traduction] « centaines » de manifestations (BBC 30 sept. 2020) ou [traduction] « plus de 100 » manifestations (The Guardian 30 sept. 2020) ont eu lieu pour protester contre différentes pénuries, y compris d'eau, d'électricité et de combustible (BBC 30 sept. 2020; The Guardian 30 sept. 2020).

Le quotidien britannique The Guardian note que, durant ces manifestations, les participants ne demandaient pas explicitement un changement de gouvernement, comme c'était le cas lors de manifestations précédentes organisées par l'opposition politique (The Guardian 30 sept. 2020). De même, au cours d'un entretien téléphonique avec la Direction des recherches, un professeur en études latino-américaines à l’Université de l’État de New York à Albany a expliqué que de nombreux manifestants ne demandent pas nécessairement un changement de régime et ne [traduction] « s'identifient pas comme faisant partie de l'opposition politique »; ils revendiquent plutôt une meilleure qualité de vie (professeur 6 janv. 2021).

2. Traitement réservé aux participants aux manifestations par les autorités gouvernementales

Des sources rapportent que les forces de l'ordre vénézuéliennes ont utilisé délibérément la violence [ou un [version française des Nations Unies] « usage excessif de la force » (Nations Unies 5 juill. 2019, paragr. 39)] lors de manifestations afin de faire peur aux citoyens et de les décourager de participer à d'autres manifestations (Nations Unies 5 juill. 2019, paragr. 39; professeur 6 janv. 2021). Dans un rapport paru en août 2017, le HCDH signale que la réponse du gouvernement aux actions commises par les forces de l'ordre vénézuéliennes durant des manifestations anti-gouvernementales [traduction] « pointe vers l'existence d'une politique visant à réprimer la dissidence politique et à faire peur à la population pour freiner les manifestations » (Nations Unies août 2017, 33). L'OVCS signale de façon similaire que la réponse du gouvernement de Nicolás Maduro aux manifestations pacifiques dans le pays vise à instaurer la criminalisation, la judiciarisation et la [traduction] « répression létale » [des manifestants] en tant que politique d'État (OVCS 24 janv. 2020, 26).

Des sources signalent que le traitement réservé par les autorités vénézuéliennes aux participants aux manifestations anti-gouvernementales peut être arbitraire et que des citoyens sans rôle précis peuvent être visés par les forces de l'ordre (chercheur 9 janv. 2021; Pays-Bas juin 2020, 35). Une source confidentielle consultée par le ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas pour un rapport sur le Venezuela a rapporté que, parfois, des personnes peuvent se trouver [traduction] « "au mauvais endroit, au mauvais moment" » en ajoutant que les autorités vénézuéliennes arrêtent ou attaquent des manifestants ou des passants pour « envoyer un message » (Pays-Bas juin 2020, 35). Le chercheur a écrit que « l’arbitraire judiciaire et policier fait que chacun peut être victime et que tout le monde peut en échapper » (chercheur 9 janv. 2021). Le rapport de la Mission d'établissement des faits des Nations Unies rapporte la détention d'environ 140 personnes lors d’une manifestation à Maracaibo le 20 juillet 2017, y compris un jeune homme arrêté alors qu'il fermait la quincaillerie familiale avec son père à cause des manifestations ainsi qu'une jeune fille de 13 ans amenée par la police alors qu'elle était sortie de sa maison pour aller chercher sa sœur de 4 ans (Nations Unies 15 sept. 2020, paragr. 1829, 1836).

2.1 Usage de la force

Des sources rapportent l'utilisation d'une force excessive par les forces de sécurité vénézuéliennes lors de manifestations en 2017 (Nations Unies août 2017, 8) et en 2019 (Amnesty International 20 févr. 2019). Dans son rapport sur les évènements de 2017, HRW note que durant les manifestations contre le gouvernement, [traduction] « des membres des forces de l'ordre ont tiré à bout portant sur des manifestants avec des munitions anti-émeutes, ont chargé des manifestants avec un véhicule blindé [et] ont battu brutalement des personnes qui ne résistaient pas » (HRW 18 janv. 2018, 618). Dans son rapport paru en 2020, la même source note que [traduction] « les forces de sécurité ont répondu de manière violente aux manifestations en soutien à Juan Guaidó [en 2019], en tirant sur les manifestants à bout portant avec des plombs et des balles réelles » (HRW 14 janv. 2020, 627).

Dans son rapport sur le droit à l'intégrité personnelle pour 2019, l'ONG Programme vénézuélien d'éducation-action en droits de la personne (Programa Venezolano de Educación-Acción en Derechos Humanos – Provea) signale qu'en 2017, 3 811 personnes ont subi des violations de leur droit à l'intégrité personnelle sous la forme de blessures tandis qu'en 2019, ce nombre était de 1 033 personnes (Provea 14 juill. 2020, 5). La même source ajoute que 95 p. 100 des victimes ont été blessées durant des manifestations (Provea 14 juill. 2020, 5). Parmi les sources qu'elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n'a pas trouvé d'autres renseignements allant dans le même sens.

Dans son rapport sur l'année 2019, Foro Penal signale qu'au moins 50 personnes ont été tuées durant les manifestations anti-gouvernementales entre janvier et juillet 2019 (Foro Penal 28 févr. 2020, 4). De façon similaire, l'OVCS rapporte qu'en tout, 67 personnes ont été tuées dans le contexte des manifestations de 2019, dont 61 qui sont décédées durant le déroulement des manifestations (OVCS 24 janv. 2020, 27). Des sources rapportent, par exemple, le cas d'un jeune homme de 19 ans, abattu durant une manifestation à laquelle il participait le 22 janvier 2019 (Amnesty International 14 mai 2019, 28; The Guardian 6 févr. 2019). Dans un rapport analysant 15 cas détaillés de violations des droits de la personne survenues dans le contexte des manifestations de janvier 2019, Amnesty International précise que le jeune homme a été atteint à la poitrine par un des coups tirés [traduction] « au hasard » par un membre des forces de sécurité (Amnesty International 14 mai 2019, 4-5, 28).

2.2 Arrestations et détentions

Selon Foro Penal, 5 517 personnes ont été arrêtées de façon arbitraire en 2017 (Foro Penal 16 févr. 2018, 1). La même source signale que 2 219 personnes ont été arrêtées de façon arbitraire en 2019, dont la majorité entre les mois de janvier et de mai : 1 098 en janvier, 174 en février, 248 en mars, 368 en avril et 212 en mai (Foro Penal 28 févr. 2020, 9). Dans un rapport sur la répression au Venezuela pour le mois de janvier 2019, la même organisation explique que 85 p. 100 des arrestations en janvier ne sont pas survenues directement durant les manifestations, contrairement à ce qui se passait précédemment, mais plus tard, alors que les personnes marchaient dans la rue, qu'elles rentraient chez elles après les manifestations ou lorsque des agents des forces de l'ordre entraient [traduction] « illégalement », sans mandat judiciaire, dans le domicile des personnes arrêtées (Foro Penal 5 févr. 2019, 3). Parmi les sources qu'elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n'a pas trouvé d'autres renseignements allant dans le même sens.

Des sources signalent que des membres des forces de l'ordre ont commis des actes de [traduction] « mauvais traitement et [de] torture » (Nations Unies 15 sept. 2020, paragr. 1584) ou des [traduction] « violations graves […] qui dans certains cas constituent des actes de torture » (HRW 14 janv. 2020, 627) durant la détention à l'encontre de personnes arrêtées en lien avec les manifestations anti-gouvernementales (HRW 14 janv. 2020, 627; Nations Unies 15 sept. 2020, paragr. 1584). Dans le rapport de la Mission d'établissement des faits des Nations Unies, on peut lire que les personnes arrêtées étaient gardées dans des espaces qui n'étaient pas adéquatement aménagés pour être des centres de détention : il n'y avait aucun endroit pour dormir, aucune toilette et des salles de bains inadéquates, sans suffisamment d'eau et de nourriture (Nations Unies 15 sept. 2020, paragr. 1584). La même source ajoute que parmi les cas de détention arbitraire examinés, différents détenus ont été battus, ont reçu des chocs électriques, ont été exposés à des substances irritantes ou à des gaz lacrymogènes dans des endroits fermés ou ont été soumis à des [traduction] « formes de violence sexuelle ou fondée sur le genre » (Nations Unies 15 sept. 2020, paragr. 1585).

Amnesty International rapporte les cas de six personnes détenues arbitrairement, dont quatre mineurs qui ont été arrêtés durant une manifestation dans la ville de San Felipe le 23 janvier 2019 (Amnesty International 14 mai 2019, 33, 35). Selon la même source, trois des quatre adolescents ont participé à la manifestation tandis que le quatrième travaillait près du lieu de la manifestation au moment de son arrestation (Amnesty International 14 mai 2019, 35). Amnesty International signale que trois des adolescents ont été arrêtés sans qu'un mandat d'arrêt ne leur soit présenté et que les adolescents ont allégué avoir subi des [traduction] « mauvais traitements et de la torture » durant leur détention (Amnesty International 14 mai 2019, 35, 37). La même source mentionne que durant la première nuit de détention des adolescents au quartier général de la police de l'État de Yaracuy, [traduction] « les agents de police qui les surveillaient ont laissé éclater des bombes lacrymogènes dans la pièce où les adolescents étaient détenus, puis ont mis le feu à des papiers afin de répandre le gaz lacrymogène dans la pièce, augmentant ainsi leur exposition aux irritants » (Amnesty International 14 mai 2019, 35, 36).

2.3 Accès à des programmes et des avantages sociaux

Des sources rapportent que les autorités vénézuéliennes excluraient les citoyens vénézuéliens s'opposant au gouvernement de Nicolás Maduro de la distribution de l'aide alimentaire (Nations Unies 15 sept. 2020, paragr. 145; Freedom House 4 mars 2020; chercheur 9 janv. 2020). La Mission d'établissement des faits des Nations Unies précise que l'exécutif vénézuélien a eu recours à une carte d'identité, soit la carte de la patrie (Carnet de la Patria), pour acheminer l'aide humanitaire aux citoyens sur la base de la [traduction] « loyauté » au régime (Nations Unies 15 sept. 2020, paragr. 145). De façon similaire, le document d'information sur le Venezuela des Pays-Bas note que [traduction] « des citoyens qui sympathisent avec l'opposition se verraient refuser l'accès à des services sociaux » (Pays-Bas juin 2020, 36). Dans ce contexte, la carte de la patrie est considérée [traduction] « par de nombreuses personnes » comme un moyen de contrôle du gouvernement (Pays-Bas juin 2020, 36). De même, Reuters rapporte que des groupes de défense des droits de la personne considèrent que le gouvernement de Nicolás Maduro utilise la carte de la patrie pour surveiller la population et [traduction] « allouer des ressources restreintes à ceux qui lui sont loyaux » (Reuters 14 nov. 2018). La même source note que la base de données associée au système de cartes de la patrie comprend des données sur la date de naissance, la famille, la vie professionnelle et le revenu, la possession de propriétés, l'histoire médicale, les aides gouvernementales reçues, la présence sur les médias sociaux, l'appartenance à un parti politique ainsi que sur la participation électorale du détenteur (Reuters 14 nov. 2018). Pour d'autres renseignements sur la carte de la patrie, veuillez consulter la réponse à la demande d'information VEN106113 publiée en mai 2018.

D’autres sources ont cependant signalé que les Comités locaux d'approvisionnement et de production (Comités Locales de Abastecimiento y Producción – CLAP) distribuent de l'aide alimentaire sous la forme de colis de nourriture tant à des sympathisants du gouvernement qu'à ses opposants (chercheur 9 janv. 2021; professeur 6 janv. 2021). Le chercheur a noté qu'il est possible que la distribution du colis ne soit suspendue ou que celui-ci ne comprenne pas tous les produits si le bénéficiaire a, par exemple, participé à une manifestation (chercheur 9 janv. 2021). Il a fourni l'exemple d'une Vénézuélienne qui avait participé à des manifestations contre des coupures d'électricité qui a reçu un colis d'aide alimentaire spécial contenant moins de produits que ceux de ses voisins (chercheur 9 janv. 2021). Le professeur a, quant à lui, mentionné ne pas avoir trouvé d'indication que le gouvernement avait systématiquement limité l'accès de participants aux manifestations anti-gouvernementales à des programmes sociaux (professeur 6 janv. 2021). De façon similaire, le chercheur a noté que la suspension de l'accès aux programmes sociaux est « une procédure arbitraire n'obéissant à aucune décision formelle identifiée » (chercheur 9 janv. 2021).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.

Notes

[1] La Mission internationale indépendante d'établissement des faits sur la République bolivarienne du Venezuela a été mise sur pied par la résolution 42/25 du 27 septembre 2019 du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies afin [traduction] « "d'enquêter sur des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées, des détentions arbitraires et la torture et d'autres traitements cruels, inhumains ou dégradants depuis 2014" » (Nations Unies 15 sept. 2020, paragr. 1).

[2] Foro Penal est une ONG vénézuélienne de défense des droits de la personne qui vient particulièrement en aide aux victimes d'arrestations arbitraires et aux victimes de violence lors de manifestations pacifiques (Foro Penal s.d.).

Références

Amnesty International. 14 mai 2019. Hunger for Justice: Crimes Against Humanity in Venezuela. (AMR 53/0222/2019) [Date de consultation : 18 janv. 2021]

Amnesty International. 20 février 2019. « Venezuela. La pénurie alimentaire, le châtiment et la peur constituent la formule de la répression exercée par les autorités sous le régime de Nicolás Maduro ». [Date de consultation : 18 janv. 2021]

Amnesty International. 22 février 2018. « Venezuela ». Rapport 2017/18 : la situation des droits humains dans le monde. [Date de consultation : 18 janv. 2021]

Associated Press (AP). 12 mars 2020. Jorge Rueda et Scott Smith. « Opposition's Street Protests Losing Appeal in Venezuela ». [Date de consultation : 18 janv. 2021]

British Broadcasting Corporation (BBC). 30 septembre 2020. « Venezuela Crisis: Anger over Shortages Triggers Protests ». [Date de consultation : 18 janv. 2021]

Chercheur, Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris (CRESPPA). 9 janvier 2021. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.

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Foro Penal. 5 février 2019. Reporte sobre la represión en Venezuela. Enero de 2019. [Date de consultation : 1er févr. 2021]

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Human Rights Watch (HRW). 18 janvier 2018. « Venezuela ». World Report 2018: Events of 2017. [Date de consultation : 18 janv. 2021]

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Nations Unies. 5 juillet 2019. Conseil des droits de l'homme. « Report of the United Nations High Commissioner for Human Rights on the Situation of Human Rights in the Bolivarian Republic of Venezuela ». (A/HRC/41/18) [Date de consultation : 28 janv. 2021]

Nations Unies. Août 2017. Haut-Commissariat aux droits de l'homme (HCDH). Human Rights Violations and Abuses in the Context of Protests in the Bolivarian Republic of Venezuela from 1 April to 31 July 2017. [Date de consultation : 18 janv. 2021]

Observatorio Venezolano de Conflictividad Social (OVCS). 17 juillet 2020. Conflictividad social – Venezuela primer semestre 2020. [Date de consultation : 18 janv. 2021]

Observatorio Venezolano de Conflictividad Social (OVCS). 24 janvier 2020. Conflictividad social – Venezuela 2019. Informe anual. [Date de consultation : 18 janv. 2021]

Observatorio Venezolano de Conflictividad Social (OVCS). 18 janvier 2019. Conflictividad social en Venezuela 2018. [Date de consultation : 28 janv. 2021]

Observatorio Venezolano de Conflictividad Social (OVCS). 3 août 2017. 6.729 manifestaciones en 4 meses en todo el país. [Date de consultation : 25 janv. 2021]

Observatorio Venezolano de Conflictividad Social (OVCS). S.d. « Nosotros ». [Date de consultation : 28 janv. 2021]

Pays-Bas. Juin 2020. Ministry of Foreign Affairs. General Country of Origin Information Report: Venezuela 2020. [Date de consultation : 18 janv. 2021]

Professeur en études latino-américaines, State University of New York, Albany. 6 janvier 2021. Entretien téléphonique avec la Direction des recherches.

Programa Venezolano de Educación-Acción en Derechos Humanos (Provea). 14 juillet 2020. Derecho a la integridad personal. Informe 2019. Situación de los derechos humanos en Venezuela. [Date de consultation : 18 janv. 2021]

Reuters. 11 janvier 2020. Brian Ellsworth et Vivian Sequera. « Venezuela's Guaido Calls for More Protests Against Maduro ». [Date de consultation : 18 janv. 2021]

Reuters. 14 novembre 2018. Angus Berwick. « Special Report: How ZTE Helps Venezuela Create China-Style Social Control ». [Date de consultation : 18 janv. 2021]

Salojärvi, Virpi. 5 décembre 2019. « Faceless Government: Civic Action in Media Photographs During the Venezuelan Anti-Governmental Protests of 2017 ». Visual Communication. [Date de consultation : 18 janv. 2021]

Time. 24 janvier 2019. Ciara Nugent. « See Venezuelans Taking to the Streets as Opposition Leader Juan Guaidó Declares Himself Interim President ». [Date de consultation : 18 janv. 2021]

Union européenne (UE). Août 2020. European Asylum Support Office (EASO). Venezuela Country Focus: Country of Origin Information Report. [Date de consultation : 18 janv. 2021]

Autres sources consultées

Sources orales : Chercheure en sciences politiques travaillant sur les mouvements sociaux au Venezuela; Provea.

Sites Internet, y compris : Council on Foreign Relations; El Universal; Fédération internationale des droits humains; Infobae; International Crisis Group; Organisation des États américains; Transparencia Venezuela; Washington Office for Latin America; The Washington Post.



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