Palestine : information sur le traitement réservé aux familles des collaborateurs d’Israël connus par la Brigade des martyrs d’Al-Aqsa, l’Autorité palestinienne et le Hamas; le traitement qui leur est réservé par la société (2005-janvier 2015)
1. Aperçu des collaborateurs palestiniens d’Israël
Dans un article universitaire sur les collaborateurs palestiniens publié en 2007 dans le Journal of Human Rights, les auteurs définissent le terme « collaborateurs » comme suit : ce sont les Palestiniens [traduction] « qui maintenaient avec des institutions israéliennes des contacts considérés comme allant à l’encontre de la position du principal mouvement national palestinien » (Dudai et Cohen 2007, 38). Pour des renseignements additionnels sur la question des collaborateurs palestiniens d’Israël, y compris la définition d’un collaborateur et le traitement réservé à ceux qui collaborent ou qui sont soupçonnés de collaborer avec Israël (pour la période 2012-2013), veuillez consulter la Réponse à la demande d’information PSE104503.
2. La Brigade des martyrs d’Al-Aqsa
Certaines sources affirment que la Brigade des martyrs d’Al-Aqsa est l’aile militaire du mouvement Fatah (Jerusalem Center for Public Affairs 20 août 2014; Al-Akhbar 28 juill. 2014). Selon les propos tenus en 2008 par le Conseil des relations étrangères (Council on Foreign Relations - CFR), un groupe de réflexion indépendant formé à partir de membres y ayant adhéré (CFR s.d.), il est incertain qu’il existe un lien direct entre ces deux entités, car [traduction] « il semble peu probable que la brigade agisse suivant la volonté du chef du Fatah, Mahmoud Abbas » (ibid. 2 avr. 2008).
D’après un article paru en janvier 2013 dans Haaretz, un journal israélien publié en hébreu et en anglais, [traduction] « [l]es Brigades des martyrs d’Al-Aqsa ont défilé dans le camp de réfugiés de Balata près de Naplouse pour la première fois depuis que l’AP [l’Autorité palestinienne] a interdit le port d’armes et que les Brigades se sont dissoutes » (Haaretz 10 janv. 2013). Selon un article publié en septembre 2013 par Al-Monitor, un site de nouvelles qui publie des articles et des analyses sur le Moyen-Orient (Al-Monitor s.d.), le gouvernement israélien a attribué à la Brigade des martyrs d’Al-Aqsa la mort de deux militaires israéliens à Qalqilya et à Hébron en Cisjordanie, tandis que le Fatah al-Intifada revendiquait la responsabilité de ces assassinats (Al-Monitor 25 sept. 2013). Dans cet article, on cite les propos d’un analyste politique au Centre palestinien de recherche en matière de politiques (Palestinian Center for Policy Research) selon lesquels, après ces assassinats par balle, on a pu observer [traduction] « "l’apparition publique de membres armés des Brigades d’Al-Aqsa dans les camps de Naplouse et de Djénine dans le nord de la Cisjordanie" » (ibid.).
Dans son analyse des activités post-désarmement de la Brigade des martyrs d’Al-Aqsa, le Centre de Jérusalem pour les affaires publiques (Jerusalem Center for Public Affairs), un [traduction] « institut de recherche indépendant qui se spécialise dans la diplomatie publique et la politique étrangère » (Jerusalem Center for Public Affairs s.d.), signale que, en juillet 2014, [traduction] « le quartier général des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa en Cisjordanie a annoncé (le 22 juillet 2014) une "guerre ouverte contre l’ennemi sioniste" » (ibid. 20 août 2014). D’autres sources ont signalé que la Brigade des martyrs d’Al-Aqsa avait revendiqué la responsabilité des coups de feu tirés vers un poste de contrôle en Cisjordanie à la fin de juillet 2014 (Ma'an News Agency 26 juill. 2014; Al-Akhbar English 28 juill. 2014). En ce qui a trait aux coups de feu de juillet 2014, Al-Akhbar English, la version anglaise en ligne du journal de langue arabe Al-Akhbar à Beyrouth, note que l’incident s’avère important parce que la résistance en Cisjordanie avait été dans une large mesure [traduction] « réprimée » depuis l’opération Bouclier défensif en 2012 et la « politique de collaboration en matière de sécurité entre [l’AP] et Israël » (ibid.).
Pour des renseignements additionnels sur la Brigade des martyrs d’Al-Aqsa (jusqu’en 2010), y compris sa structure, son affiliation politique et sa participation au programme d’amnistie et de désarmement de 2007-2008 dirigé conjointement par Israël et l’AP, veuillez consulter la Réponse à la demande d’information PSE103459.
3. Traitement réservé aux familles des collaborateurs par la Brigade des martyrs d’Al-Aqsa
Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a trouvé aucun renseignement sur le traitement réservé aux familles des collaborateurs par la Brigade des martyrs d’Al-Aqsa entre 2005 et janvier 2015.
Selon des médias, en 2002, la Brigade des martyrs d’Al-Aqsa a assassiné une femme qui habitait dans la ville de Tulkarem [aussi appelée Toulkarem] en Cisjordanie, après qu’elle eut été accusée d’avoir collaboré avec Israël et transmis de l’information à son frère en Israël, qui serait un [traduction] « collaborateur connu » (Los Angeles Times 27 août 2002; NPR 8 sept. 2002; AP 26 août 2002). Son fils aurait affirmé à des médias qu’il avait été enlevé de chez lui par Al-Aqsa et torturé avec un câble jusqu’à ce qu’il [traduction] « avoue » avoir transmis des renseignements à sa mère au sujet de l’emplacement d’un chef de milice qui avait été tué par les forces israéliennes (ibid.; Los Angeles Times 27 août 2002). Le fils a soutenu avoir fabriqué le récit pour mettre fin à la torture et a montré aux journalistes les blessures à son dos (ibid.; AP 26 août 2002). Selon des médias, dans la semaine qui a suivi l’assassinat, la nièce de la femme assassinée a à son tour été tuée par Al-Aqsa (NPR 8 sept. 2002; Haaretz 30 août 2002). Selon Haaretz, la sœur, le neveu et la nièce de la femme assassinée avaient tous été interrogés par Al-Aqsa relativement aux allégations de collaboration avec Israël et la nièce de 18 ans avait été abattue avec une arme à feu (ibid.). La sœur de la femme assassinée a affirmé à Haaretz qu’elle avait avoué ce qu’on lui reprochait sous l’effet de la torture (ibid.). Selon le service de radiodiffusion National Public Radio (NPR), la maison de la femme assassinée avait été la cible d’une bombe incendiaire, et sa famille et la famille de sa nièce s’étaient enfuies (NPR 8 sept. 2002).
Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a trouvé aucun renseignement sur le traitement réservé aux familles des collaborateurs par la Brigade des martyrs d’Al-Aqsa entre 2005 et janvier 2015.
4. Traitement réservé par l’Autorité palestinienne aux familles des collaborateurs connus
Dans une entrevue avec la BBC en 2006, un Palestinien qui habitait dans le village de Kfar Deek en Cisjordanie a affirmé que, après avoir porté plainte auprès de l’AP relativement à une agression que sa sœur avait subie de la part de représentants de l’AP, il a été accusé de collaboration, arrêté par l’AP et [traduction] « torturé » (BBC 13 déc. 2006). Cet homme aurait affirmé que son fils aîné et son fils cadet avaient été arrêtés et torturés par les autorités (ibid.). Il a également signalé à la BBC que [traduction] « des hommes masqués » avaient enlevé son deuxième fils, dont le cadavre avait par la suite été retrouvé sur un chemin près du village, criblé de 14 balles (ibid.). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a trouvé aucun autre renseignement allant dans le même sens, ni aucun renseignement additionnel.
Par ailleurs, la Direction des recherches n’a trouvé aucun autre renseignement sur le traitement réservé par l’AP aux familles des collaborateurs.
5. Traitement réservé par le Hamas aux familles des collaborateurs connus
Dans un article de Reuters sur une campagne menée en 2013 pour encourager les collaborateurs à se rendre aux autorités, on cite les propos du ministre de l’Intérieur du Hamas, Fathy Hammad, selon lesquels [traduction] « la nouvelle politique du Hamas visait à souligner que l’espionnage est l’acte d’un individu et offrait l’anonymat à quiconque se rendait soi-même aux autorités pour éviter les représailles inévitables de la part des voisins » (Reuters 8 mai 2013). D’après des sources, en août 2014, après l’exécution de 18 présumés collaborateurs par des membres du Hamas, le Hamas a affirmé qu’il ne publierait pas les noms des personnes abattues afin de protéger leur famille (AP 22 août 2014; The Washington Post 22 août 2014; Human Rights Watch 25 août 2014).
Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a trouvé aucun cas signalé où le Hamas ou des groupes liés au Hamas s’en sont pris aux familles de collaborateurs connus.
6. Traitement réservé par la société aux familles des collaborateurs connus
Des sources signalent que les familles des collaborateurs sont ostracisées par leur communauté (Al-Monitor 16 août 2013; Los Angeles Times 27 août 2002; Dudai et Cohen 2007, 49). D’après l’article de 2007 sur les collaborateurs palestiniens,
[traduction]
[u]n facteur important dans une société « communautaire » comme la société palestinienne est que l’ostracisme envers les collaborateurs individuels a également des répercussions sur les enfants de ces derniers ainsi que sur les autres membres de leur famille. […] Les proches des personnes dénoncées comme étant des collaborateurs font face à un dilemme pénible : celui du conflit des allégeances. Ils doivent choisir entre la condamnation du collaborateur, trahissant ainsi un membre de la famille, ou le soutien envers le collaborateur, trahissant ainsi le mouvement national (ibid., 49).
Dans un article publié en 2014 par Al Jazeera, on peut lire que [traduction] « [d]ans des communautés étroitement soudées partout en Palestine, on tourne souvent le dos aux familles et aux parents éloignés des collaborateurs » (6 sept. 2014). Selon un article d’Al-Monitor,
[traduction]
[l]e scandale du collaborateur n’est jamais enterré avec l’espion, car la famille subit l’ostracisme associé au crime. Les membres de la famille, particulièrement les enfants, vivent dans l’isolement.
Espionner pour l’ennemi est une infraction impardonnable aux yeux de nombreux Palestiniens, et une grande part de la culpabilité retombe sur les familles (16 août 2013).
Le fils d’un collaborateur connu aurait affirmé au journaliste d’Al-Monitor qu’il n’avait pas d’amis et ne pouvait trouver d’emploi à Gaza parce qu’il est le fils d’un espion (ibid.).
Selon un article paru en 2010 dans JNews, un [traduction] « site Internet indépendant qui publie des analyses, des éditoriaux, des articles et des nouvelles sur Israël et la Palestine » (JNews s.d.), rédigé par le directeur (à l’époque) du Département des migrants, des réfugiés et des sans-papiers (Department for Migrants, Refugees and Undocumented People) chez Médecins pour les droits de la personne-Israël (Physicians for Human Rights-Israel) [1], [traduction] « la société palestinienne réagit à la collaboration en harcelant et en menaçant à la fois les informateurs et leur famille » (JNews 27 août 2010). Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, le directeur administratif du Département des migrants, des réfugiés et des sans-papiers chez Médecins pour les droits de la personne-Israël a affirmé que ses collègues et lui ont eu à traiter des cas où des familles de collaborateurs ont été exposés au harcèlement dans les territoires palestiniens occupés (TPO) (1er févr. 2015). À titre d’exemple, il a signalé un cas en 2009 où Médecins pour les droits de la personne-Israël a présenté une requête au tribunal pour empêcher l’expulsion de familles de collaborateurs d’Israël vers les TPO, parce que les membres de ces familles faisaient [traduction] « l’objet de menaces de mort » dans les TPO (1er févr. 2015). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a trouvé aucun autre renseignement allant dans le même sens.
D’après Reuters, les gens à Gaza [traduction] « refusent souvent de marier leurs fils ou leurs filles à tout membre de la parenté de collaborateurs déclarés coupables ou décédés » (8 mai 2013). Le frère d’un homme emprisonné à Gaza pour avoir prétendument espionné pour Israël aurait affirmé à Reuters que de nombreuses personnes [traduction] « tournent le dos » à la famille de son frère à Gaza depuis que des allégations se sont répandues contre ce dernier (Reuters 8 mai 2013).
Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.
Note
[1] Médecins pour les droits de la personne-Israël (Physicians for Human Rights-Israel) est une ONG sans but lucratif établie à Tel-Aviv qui [traduction] « a pour vocation de promouvoir une société plus juste et plus inclusive dans laquelle le droit à la santé s’applique de manière égale à tous » (Physicians for Human Rights-Israel s.d.). Ses activités englobent l’assistance médicale, [traduction] « l’assistance individuelle » et la défense des droits (ibid.).
Références
Al-Akhbar English. 28 juillet 2014. Ola al-Tamimi. « Is the West Bank Witnessing a Resurgence of Fatah's al-Aqsa Martyr Brigades? ». <http://english.al-akhbar.com/node/20921> [Date de consultation : 21 janv. 2015]
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Al-Monitor. 25 septembre 2013. Naela Khail. « Is Fatah's Armed Wing Making [a] Comeback? ». <http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2013/09/hebron-israeli-soldiers-killed-fatah-intifada.html> [Date de consultation : 21 janv. 2015]
_____. 16 août 2013. Abeer Ayyoub. « Families of Palestinian Spies for Israel Face Stigma in Gaza ». <http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2013/08/palestinian-spies-israel-gaza-hamas.html#> [Date de consultation : 20 janv. 2015]
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British Broadcasting Corporation (BBC). 13 décembre 2006. Richard Miron. « Israel's Informers - Real and Imagined ». <http://news.bbc.co.uk/2/hi/programmes/crossing_continents/6176337.stm> [Date de consultation : 26 janv. 2015]
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Dudai, Ron et Hillel Cohen. 2007. « Triangle of Betrayal: Collaborators and Transitional Justice in the Israeli-Palestinian Conflict ». Journal of Human Rights. Vol. 6, no 1.
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Physicians for Human Rights-Israel. 1er février 2015. Department for Migrants, Refugees and Undocumented People. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches par le directeur administratif.
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Reuters. 8 mai 2013. Nidal al-Mughrabi. « Hamas Looks to Root out Israel's Spy Networks ». <http://www.reuters.com/article/2013/05/08/us-palestinians-hamas-spies-idUSBRE9470LF20130508> [Date de consultation : 20 janv. 2015]
The Washington Post. 22 août 2014. William Booth et Ruth Eglash. « Gaza Militants Execute 18 Alleged Collaborators ». <http://www.washingtonpost.com/world/middle_east/gaza-militants-execute-18-alleged-collaborators/2014/08/22/84be38b4-99ee-452b-84b3-d9ad7df6b657_story.html> [Date de consultation : 20 janv. 2015]
Autres sources consultées
Sources orales : Les tentatives faites pour joindre les personnes et les organisations suivantes dans les délais voulus ont été infructueuses : Al-Haq; Palestinian Centre for Human Rights; Israel-Palestine: Creative Regional Intiatives.
La personne suivante n’a pu fournir de renseignements dans les délais voulus : professeur, Department of Islam and Middle East Studies, Hebrew University Jerusalem.
Sites Internet, y compris : Amnesty International; Arab Association for Human Rights; Arab News; B'Tselem; ecoi.net; États-Unis – Department of State; Factiva; Independent Commission for Human Rights; The Jerusalem Post; The Legal Forum for Israel; Nations Unies – UNHCR, Refworld; Small Arms Survey; The Times of Israel.