Ghana : information sur les conséquences pour une personne qui refuse de prendre la fonction de prêtre fétichiste ou de chef; information indiquant si une protection est offerte par l’État
Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches le 1er juillet 2012, un professeur agrégé d’anthropologie de l’Université York à Toronto, qui a mené des recherches sur le terrain au Ghana, a écrit qu’à sa connaissance, l’information suivante, qu’il a envoyée à la Direction des recherches le 1er août 2006, est encore exacte :
[traduction]
Certains membres de la communauté ne peuvent pas devenir chef ou prêtre [pour les raisons suivantes] : ils ne sont pas membres de la famille qui peut hériter de la fonction ou de la famille à laquelle « appartient » la fonction; ils sont circoncis; ils ne sont pas suffisamment cultivés, etc. Il existe des règles à tous les niveaux de chefferie. Le poste de chef prend de l’importance à mesure qu’une personne gravit les échelons de l’organisation sociale : a) chef de village (odikro); b) chef de clan (abusua panyin); c) sous-chef de l’organisation politique traditionnelle du groupe ethnique; d) chef suprême (« tribal ») - et certains groupes, tous les Akans et certains autres, ont aussi un poste de reine mère (Queen Mother) […].
[…]
Accéder à une telle fonction est un grand honneur et un grand devoir : la personne incarne - pour le meilleur et pour le pire, selon la façon dont elle s’acquitte de ses tâches - la prospérité et la réputation de son groupe et elle a également une influence sur le bien-être spirituel du groupe. Les « conséquences » associées à un refus ou à une mauvaise conduite prennent de l’ampleur en fonction du niveau de la chefferie concernée.
D’un point de vue plus personnel, une personne refusant une fonction comme celle-là peut être ostracisée par la société et chassée […] Les personnes qui refusent une fonction placent leur famille et leur communauté dans une situation désavantageuse et risquée. Cette décision peut également leur coûter des avantages économiques. En conséquence, la vie de la personne qui a refusé la fonction peut être plutôt déplaisante.
Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches le 14 août 2012, le professeur agrégé a en outre expliqué les conséquences socio-économiques qui peuvent découler du refus d’accepter la fonction de chef ou de prêtre. Selon le professeur agrégé, les chefs ou les prêtres et leur [traduction] « clan familial » sont considérés par la communauté comme les « propriétaires » d’un dieu, d’un fétiche ou d’un sanctuaire et à ce titre, ils reçoivent de l’argent et des cadeaux des pèlerins (professeur agrégé 14 août 2012). Si une personne choisie refuse la fonction de chef ou de prêtre, les membres de la communauté [traduction] « peuvent mettre en doute la légitimité » du sanctuaire, du dieu ou du fétiche en question (ibid.). En raison de cette perte de [traduction] « crédibilité », les pèlerins peuvent se tourner vers des sanctuaires « concurrents », privant le « clan familial considéré comme le propriétaire du dieu ou du sanctuaire » de l’argent et des cadeaux habituellement reçus des pèlerins (ibid.). Le professeur agrégé a affirmé qu’en conséquence, le refus d’une personne d’accepter une fonction de chef ou de prêtre a des répercussions sur l’ensemble de la communauté (ibid.).
Toutefois, le professeur agrégé a précisé qu’il peut également y avoir des motifs [traduction] « acceptables aux yeux de la communauté » pour refuser une fonction de chef ou de prêtre, citant le cas suivant :
[traduction]
[…] je connaissais un homme qui a quitté un poste de chef important et la communauté, à regret, a néanmoins accepté la décision, car elle a vu le mérite de sa « raison » : il n’était pas très scolarisé ni lettré, et il avait le sentiment que cela les plaçait, lui et sa communauté, dans une situation désavantageuse vis-à-vis des autres chefs, des autres peuples et du gouvernement (ibid. 1er août 2006).
Le professeur agrégé a ajouté ce qui suit au sujet des conséquences qui peuvent découler du refus d’une personne d’accepter une fonction de chef ou de prêtre :
[traduction]
De plus, même si la personne est [...] chrétienne ou [...] musulmane, en raison de ses croyances culturelles, elle peut raisonnablement s’attendre à faire l’objet d’une « punition » spirituelle, prenant parfois la forme d’une maladie, car elle ne s’est pas acquittée de son devoir. Par exemple, elle peut être « inquiète », anxieuse ou stressée, car les ancêtres de son clan vont vraisemblablement chercher à la punir, ou car certains chamans ou dieux peuvent chercher sa chute, ou car la « sorcellerie » pourrait être utilisée contre elle [...] et pour s’en prendre contre son esprit, et ce, même si elle part très loin pour « fuir » son groupe et son devoir. Le refus peut également diviser la famille, qui sera difficile à réconcilier. Toute « décision » individuelle semblable a des répercussions graves pour la communauté, dans ce monde et dans le royaume des puissances spirituelles. En fait, cette personne peut être « terrorisée » en raison des conséquences (ibid.).
Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches le 18 juillet 2012, un chargé de cours de sociologie du Collège Camosun, à Victoria, en Colombie-Britannique, également ancien maître de conférences à l’Université de Cape Coast, au Ghana, a écrit qu’à sa connaissance, l’information suivante, qu’il a envoyée à la Direction des recherches le 27 juillet 2006, est encore exacte :
[traduction]
Le choix du chef d’un clan - qui s’appuie sur l’hérédité et les ancêtres - est différent du choix d’un prêtre ou d’une prêtresse, qui est littéralement une personne possédée, car un dieu a « choisi » un nouvel intermédiaire. Habituellement un dieu, ou la position de prêtre et tout l’attirail d’objets de culte, sont la propriété d’un clan, et le dieu « choisira » (possédera) un membre de ce clan. En conséquence, il en résulte une très grande similitude dans le choix des successeurs.
Le successeur du chef du clan est élu par les aînés de ce clan. Parmi plusieurs candidats, ils choisissent celui qui peut apporter le plus de ressources au tabouret (symbole de la fonction).
C’est ce qui explique pourquoi aujourd’hui les postes les plus importants et les plus puissants sont occupés par des personnes instruites et riches, y compris des avocats réputés et d’autres membres des professions libérales, des hauts fonctionnaires et des propriétaires d’entreprises.
Occuper la fonction de chef accapare beaucoup de temps et nécessite assurément des ressources : un aîné ou un chef doit fournir des rafraîchissements aux visiteurs et aux personnes qui occupent des fonctions subordonnées, et il doit passer de longues heures à entendre des différends parfois complexes.
En conséquence, les jeunes personnes - en particulier celles qui n’ont pas encore terminé leurs études et celles qui n’ont pas encore atteint ce qu’elles considèrent être le sommet de leur carrière professionnelle - sont réticentes à accepter une fonction. Cette réticence est plus grande encore pour les postes moins élevés dans l’ensemble de la hiérarchie.
Par ailleurs, les aînés à la recherche d’une personne pour occuper une fonction veulent, à juste titre, le candidat le plus instruit, et potentiellement le plus riche et le plus puissant.
La majorité des autres excuses pour refuser un poste sont moins importantes, comme le fait d’être chrétien ou de ne pas vouloir participer au culte traditionnel des ancêtres et reconnaître les divinités locales. Les gens du sud du Ghana sont des syncrétistes notoires : ils sont capables de concilier diverses croyances religieuses souvent incompatibles (à nos yeux).
[...]
Selon la méthode habituelle, une personne qui ne veut pas accepter un poste voyagera pour se soustraire à la possibilité de se faire offrir le poste. Les aînés sont très conscients de cette méthode et ils en tiennent compte lors de leurs délibérations. Selon eux, il est préférable qu’il n’y ait pas beaucoup de candidats - qui auront divers groupes de partisans au sein du clan - pour semer la zizanie dans le processus de remplacement (p. ex. accession au tabouret). Pour préserver sa fierté et sauver la face, la personne qui fuit exagérera le danger qu’elle court en refusant le poste. [...]
Il n’existe pas de pratique consistant à punir les personnes qui fuient avant de se faire offrir un poste de chef ou d’ancien, y compris en ce qui concerne les postes réservés aux femmes, comme celui de reine mère. Si la personne choisie n’est pas assez futée pour fuir et qu’elle souhaite refuser la fonction, elle doit habituellement sacrifier un mouton pour apaiser les ancêtres irrités et les choses s’arrêtent là. La protection de l’État n’est nullement nécessaire puisqu’il n’y a pas de punitions. Les anciens déçus peuvent manifester leur irritation, mais cela se produit tellement fréquemment qu’habituellement ils soupirent et se résignent devant cet état de fait.
Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches le 4 juillet 2012, un chercheur en anthropologie sociale et culturelle associé au Département de recherche sociale (Department of Social Research) de l’Université d’Helsinki, a fourni de l’information propre au groupe ethnique des Akans, tirée de ses recherches menées sur le terrain au Ghana et de son examen des publications pertinentes. Le groupe ethnique des Akans, le plus important au Ghana, représente 45,3 p. 100 de la population (É-U. 20 juin 2012). Le chercheur a dit que l’information qu’il a fournie [traduction] « ne peut pas être directement appliquée aux autres groupes ethniques au Ghana, même s’il y a de nombreuses similitudes et de nombreux liens » (chercheur 4 juill. 2012). Selon le chercheur, chez les Akans, l’expression [traduction] « prêtre fétichiste » peut désigner deux fonctions différentes : okomfo (pluriel : akomfo) et obosomfo (pluriel : abosomfo) (ibid.). Il a fourni l’information suivante au sujet de la fonction d’okomfo :
[traduction]
Un okomfo est un intermédiaire qui transmet les messages des dieux aux gens. […] La fonction d’okomfo n’est pas héréditaire et elle peut être occupée tant par un homme que par une femme […]. Une personne est appelée à devenir okomfo lorsqu’une divinité la possède soudainement ou se révèle dans un rêve ou dans une rencontre réelle. Une personne qui reçoit un tel appel peut devenir okomfo en suivant un long processus d’apprentissage supervisé par un prêtre supérieur. La formation se termine avec un test, qui détermine si l’apprenti est réellement capable d’être l’intermédiaire des divinités. Puisque la fonction d’okomfo dépend de la capacité d’être possédé par une divinité, je ne crois pas que qui que ce soit puisse être forcé d’en devenir un. Toutefois, on m’a parlé des craintes que certaines personnes ont d’être possédées contre leur propre volonté. La crainte initiale des divinités et la résistance contre celles-ci sont également des motifs récurrents dans les histoires que les akomfo racontent au sujet du début de leur vocation. Certains akomfo se sont convertis au christianisme, ont renoncé à leur vocation et ont brûlé leur sanctuaire. Certains membres de la communauté peuvent considérer ces comportements avec hostilité (ibid.).
Personnellement, je ne connais aucun cas où un prêtre traditionnel a été maltraité ou violenté parce qu’il s’est converti au christianisme. Toutefois, je pense qu’un tel risque existe, car la négligence des observances rituelles et la destruction des objets d’un sanctuaire sont considérées comme des violations des normes coutumières. Par contre, je suppose que le degré de risque variera d’un cas à l’autre, selon le point auquel les membres d’une communauté donnée sont dévoués à la divinité servie par le prêtre (ibid. 14 août 2012).
Le chercheur de l’Université d’Helsinki a fourni l’information suivante au sujet de la fonction d’obosomfo :
[traduction]
Un obosomfo est différent d’un okomfo parce qu’il ne tombe pas en akom [état semblable à la transe], mais il dispose d’autres méthodes pour communiquer avec les divinités. Ses principales tâches consistent à verser des libations et à offrir des sacrifices aux sanctuaires. Il semble que les abosomfo successifs d’une divinité viennent souvent d’un groupe familial en particulier. En ce qui concerne la négligence des tâches ou l’abandon de la fonction, je suppose que la situation est la même que pour les akomfo.
La sélection d’un chef (ohene, pluriel : ahene) chez les Akans combine des éléments normatifs et électifs. D’une part, il y a un groupe de personnes appelées les royaux qui sont, compte tenu des restrictions relatives à l’âge et au sexe, généalogiquement qualifiées pour occuper la fonction de chef dont est investie la lignée au pouvoir d’une communauté. D’autre part, un candidat doit convenir non seulement au regard de la généalogie, mais aussi eu égard à son tempérament, à son intelligence, à sa santé, à sa condition physique et ainsi de suite. En plus de ces qualités personnelles, un candidat doit avoir du soutien chez les soi-disant faiseurs de rois de la communauté (c’est-à-dire les chefs divisionnaires ou les chefs des groupes familiaux). Lors des processus de sélection, les conflits surviennent le plus souvent en raison de la compétition entre deux ou plusieurs candidats, mais dans certains cas, qui selon mon expérience sont beaucoup plus rares, une personne qui pourrait être le candidat le plus qualifié (ou le seul) pour la fonction refuse d’être candidat et sa communauté fait pression sur lui pour qu’il accepte. Certains des soi-disant chrétiens régénérés rejettent la chefferie en raison des tâches rituelles (c’est-à-dire offrir des sacrifices aux ancêtres et aux divinités). De tels cas existent depuis les premiers jours des conversions au christianisme (XIXe siècle et début du XXe siècle). Plus récemment, j’ai parlé avec des hommes immigrants qui refusent de séjourner dans leur ville ou village d’origine au Ghana, car ils seraient « enlevés » et mis au poste de chef contre leur gré. Dans ces cas, le titre de chef est considéré comme quelque chose qui limiterait leurs déplacements (chercheur 4 juill. 2012).
Parmi les sources qu’elle a consultées, la Direction des recherches n’a trouvé aucune information sur la disponibilité de la protection de l’État.
Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l’aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n’apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d’une demande d’asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d’information.
Références
Chargé de cours, Camosun College, Victoria, Colombie-Britannique. 18 juillet 2012. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.
_____. 27 juillet 2006. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.
Chercheur, Department of Social Research, University of Helsinki. 14 août 2012. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.
_____. 4 juillet 2012. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.
États-Unis (É.-U.). 20 juin 2012. Central Intelligence Agency (CIA). « Ghana ». The World Factbook. <https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/gh.html> [Date de consultation : 19 juill. 2012]
Professeur agrégé, Department of Anthropology, York University. 14 août 2012. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.
_____. 1er juillet 2012. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.
_____. 1er août 2006. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.
Autres sources consultées
Sources orales : Les organisations suivantes n’ont pas répondu à une demande de renseignements dans les délais voulus : le Human Rights Advocacy Centre, la Irene Odotei Foundation à Accra et le Ministry of Chieftaincy and Culture du Ghana. Des professeurs des universités suivantes n’ont pas répondu à une demande de renseignements dans les délais voulus : University of Michigan, University of Cambridge, University of Edinburgh et University of Cape Coast.
Sites Internet, y compris : Africa Confidential; AllAfrica; Amnesty International; BBC; Factiva; Freedom House; Ghanaian Chronicle; Human Rights Watch; Pambazuka News; Projet pour l’observation et le plaidoyer sur la gouvernance en Afrique (AfriMAP); UNICEF; West Africa Review.